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ANNEXE C: Drapeaux et uniformes

Drapeau blanc, drapeau de combat (1 page)


Drapeaux français, vers 1690

Drapeaux français, vers 1690
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On associe aujourd'hui le drapeau blanc à la capitulation : un camp de combattants signale à l'autre qu'il se rend en hissant un bout d'étoffe blanche. Mais il n'en fut pas toujours ainsi. À l'époque de la Nouvelle-France, montrer un drapeau blanc signifiait, au contraire, que l'on voulait engager le combat.

Pour comprendre les raisons de ce changement radical, il faut remonter aux origines du drapeau français. Au Moyen Âge, les rois de France arboraient une bannière bleue marquée de trois fleurs de lys. Durant la Renaissance s'ajoutèrent des drapeaux bleus ou rouges traversés d'une croix blanche au centre. À la fin du XVIe siècle, le bleu l'emporta sur le rouge et son usage se généralisa.

Puis survinrent les guerres de religion, au début du XVIIe siècle, et un drapeau blanc, sans ornements, évoquant la pureté, devint le symbole du pouvoir royal. À partir de ce moment, le drapeau colonel des régiments fut entièrement blanc, tant la croix que les quartiers, ce qui signifiait que ce corps appartenait à l'Armée royale. Les vaisseaux de la Marine royale se mirent à arborer des flammes et des pavillons blancs, dépourvus de fleurs de lys ou autres motifs.

En 1632, les habitants de la ville de Québec furent tout joyeux quand ils virent les pavillons blancs hissés aux mâts des navires français qui venaient reprendre possession de la colonie. Il faut en déduire que ce pavillon était probablement arboré au Canada depuis les années 1620, sinon avant, car les habitants n'auraient pu autrement le reconnaître comme étant celui de la France.

Il existait néanmoins divers autres pavillons, tant dans la marine de guerre que marchande, car l'usage primait sur les règlements. En 1661, Louis XIV décida de remédier à tout cela en décrétant que le pavillon de la Marine royale serait désormais le blanc et qu'il devait aussi flotter, s'il ne le faisait déjà, sur les forts côtiers et dans les colonies.

Les documents d'archives et les illustrations démontrent qu'il le faisait, et ce à travers toute la Nouvelle-France. On retrouve en effet le pavillon blanc uni en Acadie, à Plaisance, à Louisbourg, à Québec et dans de nombreux fortins. Pour les colons et les militaires français de cette époque, les drapeaux et pavillons « sont toujours blancs, parce que le blanc signifie la couleur de la France ». Leur attachement à ce symbole ressort clairement dans la fière réponse que firent un corsaire canadien et ses hommes aux Anglais qui les invitaient à changer de camp: « Nous lui répondîmes sans hésiter que nous étions nés sous le pavillon blanc et que nous voulions y mourir. »

À la marine marchande, l'ordre royal de 1661 assignait « l'ancien pavillon de la nation française », bleu avec croix blanche, auquel fut ajouté, au centre, un écu bleu orné de trois fleurs de lys. Cependant, les marchands préféraient les pavillons blancs. Les grandes compagnies commerciales, telle la Compagnie des Indes, et certains ports, dont Saint-Malo, obtinrent par permission spéciale que leurs navires l'arborent.

Jusqu'à l'adoption du drapeau national tricolore, en 1790, le pavillon blanc uni fut donc de tous les combats sans que cela eût rien à voir avec la capitulation. Tant sur mer que sur terre, il était, bien au contraire, pour les Français, le signal d'une lutte acharnée. D'où vient donc l'association du drapeau blanc à la capitulation ? C'est que, pour les ennemis de la France, l'arborer signifiait souvent qu'ils avaient été forcés de se rendre. Après l'adoption du drapeau tricolore, ce symbole persista, chez tous les belligérants, en tant que synonyme de capitulation ou de cessez-le-feu.

On ne saurait passer sous silence le drapeau fleurdelysé blanc dont parlent tant de livres d'histoire pour évoquer l'Ancien Régime et qui se trouve si souvent illustré dans les encyclopédies. Mais ce beau pavillon, semblable au pavillon royal de France, avec en plus les armoiries royales au centre, ne devait être arboré qu'en présence du roi (tout comme, aujourd'hui, celui du gouverneur général du Canada). Il n'a officiellement flotté que très rarement en France même, et pas du tout au Canada. À l'occasion, on pouvait donner aux alliés amérindiens des drapeaux blancs décorés des armoiries royales, comme le fit La Vérendrye chez les Mandanes, en décembre 1738. Mais ce n'était que des variations de l'original. Le seul drapeau à avoir flotté sur les forts de la Nouvelle-France fut le grand pavillon blanc uni de France.